L’association de vertiges, d’étourdissements, d’instabilité à la marche et de nausées persistantes représente un motif de consultation fréquent et déroutant en médecine générale et aux urgences. Lorsque le bilan oto-rhino-laryngologique élimine formellement un vertige positionnel paroxystique bénin (VPPB, manœuvre de Dix-Hallpike négative), une névrite vestibulaire ou une maladie de Menière, et que l’imagerie par résonance magnétique cérébrale écarte un accident vasculaire cérébral de la fosse postérieure ou une pathologie démyélinisante, les patients se retrouvent souvent sans diagnostic précis, leurs symptômes étant attribués à tort à de l’anxiété ou à une spasmophilie. Pourtant, ce tableau fonctionnel signe très fréquemment une dysautonomie cardiovasculaire et digestive, dominée par le syndrome de tachycardie orthostatique posturale (POTS) ou une intolérance orthostatique d’origine neuro-végétative.
Physiopathologie de l’intolérance orthostatique et de la stase splanchnique
Lors du passage de la position couchée à la position debout, la gravité déplace environ 500 à 800 mL de sang vers les membres inférieurs et la circulation veineuse splanchnique (abdominale). Chez le sujet sain, ce phénomène est instantanément compensé par un réflexe barorécepteur efficace :
- Le réflexe d’adaptation normal : La baisse transitoire du retour veineux vers l’oreillette droite désactive les barorécepteurs carotidiens et aortiques, ce qui déclenche une augmentation réflexe du tonus sympathique. La libération de noradrénaline induit une vasoconstriction artériolaire et veineuse périphérique et splanchnique tout en augmentant modérément la fréquence cardiaque (de 10 à 15 battements par minute), préservant la perfusion cérébrale.
- La défaillance de vasoconstriction dans la dysautonomie : Chez les patients souffrant de dysautonomie neuro-végétative (souvent déclenchée par un syndrome post-viral, une hypermobilité articulaire de type Ehlers-Danlos ou une neuropathie des petites fibres), la vasoconstriction splanchnique est inopérante. Le sang stagne massivement dans le réseau veineux mésentérique et les jambes.
- L’hypoperfusion cérébrale et l’activation vagale : La chute du débit sanguin dans les artères carotides et vertébrales provoque une ischémie cérébrale transitoire relative responsable des sensations de tête vide, de brouillard visuel et de vertiges vrais. Simultanément, la distension aiguë des veines splanchniques et l’hyperactivation sympathique compensatoire déstabilisent le noyau du tractus solitaire dans le tronc cérébral, déclenchant des nausées réflexes intenses et une gastroparésie transitoire.
Critères diagnostiques du POTS en consultation ambulatoire
Le diagnostic de ces troubles ne nécessite pas obligatoirement un plateau technique d’exploration complexe en première intention : le test d’orthostatisme passif ou test de Schellong, réalisable au cabinet, apporte une orientation immédiate :
- Protocole du test d’orthostatisme actif (NASA Lean Test) : Le patient est allongé au calme pendant 10 minutes, durant lesquelles la pression artérielle et la fréquence cardiaque sont mesurées toutes les deux minutes pour établir la ligne de base. Le patient se met ensuite debout, adossé contre un mur sans bouger les pieds, et les paramètres sont relevés à 1, 2, 3, 5 et 10 minutes.
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- Critères objectifs du POTS : Chez l’adulte, le POTS est formellement défini par une élévation soutenue de la fréquence cardiaque supérieure ou égale à 30 battements par minute (ou fréquence absolue dépassant 120 bpm) dans les dix minutes suivant le lever, en l’absence de toute hypotension artérielle orthostatique significative (chute de la pression systolique inférieure à 20 mmHg).
- Différentiel avec l’hypotension orthostatique classique : Si la pression artérielle systolique s’effondre de plus de 20 mmHg ou la diastolique de plus de 10 mmHg, le diagnostic s’oriente vers une hypotension orthostatique vraie par déplétion volémique ou dénervation autonome.

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Paris12 – 13 DécembreICCHM.ORGicchm.orgRôle central de l’hypovolémie et de l’axe rénine-angiotensine
Une majorité de patients présentant des vertiges et des nausées par dysautonomie souffrent d’une hypovolémie centrale paradoxale : leur volume plasmatique circulant est réduit de 10 % à 20 %. Cette hypovolémie s’explique souvent par un paradoxe endocrinien associant des taux de rénine et d’aldostérone anormalement bas par rapport au degré de stimulation sympathique (le syndrome d’hyporéninisme-hypoaldostéronisme fonctionnel). Les reins laissent fuiter le sodium et l’eau dans les urines, maintenant le patient dans un état d’hypohydratation cellulaire et vasculaire chronique.
Stratégies thérapeutiques non médicamenteuses et nutritionnelles
La prise en charge de première ligne repose sur des ajustements hydro-électrolytiques et physiques stricts, dotés d’une efficacité clinique remarquable :
- Expansion volémique hydrosodée massive : L’augmentation de la consommation hydrique à 2,5 à 3 litres d’eau minérale par jour, couplée à un apport sodé volontaire de 6 à 10 grammes de sel (NaCl) par jour (sous forme de comprimés de chlorure de sodium ou de solutions de réhydratation orale équilibrées contenant du glucose pour optimiser le co-transport SGLT1 entérocytaire). Cette mesure restaure le volume plasmatique efficace en quelques jours.
- Équilibre du potassium et du magnésium : La supplémentation en sodium doit s’accompagner d’un apport suffisant en potassium (fruits riches en potassium, légumes verts) et en magnésium sous forme hautement biodisponible (malate ou bisglycinate de magnésium, 300 à 400 mg/j) pour prévenir l’hyperexcitabilité neuromusculaire et soutenir le tonus vagal.
- Contention élastique et manœuvres physiques : Prescription de bas ou de collants de compression veineuse de classe 2 ou 3 remontant jusqu’à la taille pour limiter mécaniquement la séquestration sanguine abdominale et fémorale. Apprentissage des manœuvres de contre-pression (croisement des jambes, contraction des fessiers et des mollets) dès l’apparition des prodromes d’instabilité.
- Fractionnement diététique et index glycémique bas : La consommation de repas copieux ou riches en glucides rapides majore l’afflux sanguin vers le territoire splanchnique (vasodilatation postprandiale induite par l’insuline et les peptides gastro-intestinaux), aggravant les vertiges et les nausées postprandiales. Des repas petits, protéinés et fréquents réduisent nettement cette bascule hémodynamique.




