Le manganèse (Mn) est un oligo-élément nutritionnel essentiel au bon fonctionnement du métabolisme humain. Présent en petites quantités dans notre alimentation à travers les céréales complètes, le thé vert, les fruits de mer et les noisettes, il intervient comme cofacteur central de la superoxyde dismutase mitochondriale (Mn-SOD), la première ligne de défense de nos cellules contre le stress oxydatif, ainsi que dans la synthèse du tissu conjonctif et des os. Cependant, comme pour beaucoup de métaux de transition, la frontière entre le besoin physiologique indispensable et la toxicité neuronale sévère est particulièrement étroite. Lorsque l’organisme est exposé à des concentrations massives ou chroniques de manganèse par voie respiratoire ou digestive, ce métal lourd franchit la barrière hémato-encéphalique et va se loger préférentiellement dans les structures profondes du cerveau régissant la coordination motrice. Il déclenche alors une maladie neurologique grave baptisée manganisme, dont les symptômes imitent à s’y méprendre la maladie de Parkinson.
Les populations les plus vulnérables et sources d’exposition
L’intoxication au manganèse touche principalement deux grandes catégories d’individus :
- Les professionnels exposés aux poussières et fumées métalliques : les soudeurs à l’arc, les ouvriers de la sidérurgie fabriquant des aciers au ferromanganèse et les travailleurs des usines de piles électriques. Les fumées de soudage génèrent des aérosols de nanoparticules d’oxyde de manganèse qui, une fois inhalées, contournent la barrière hépatique en empruntant directement les voies nerveuses olfactives depuis les fosses nasales jusqu’au bulbe olfactif et au cerveau.
- Les consommateurs d’eaux souterraines contaminées : dans certaines régions volcaniques ou minières, l’eau de forage de puits privés non traités présente des taux de manganèse dissous dépassant largement les normes de potabilité. Chez les nourrissons et jeunes enfants dont la barrière cérébrale est encore immature, cette eau induit des troubles d’apprentissage et des déficits d’attention durables.
- Les patients sous nutrition parentérale prolongée : l’administration intraveineuse directe de solutions de micronutriments sans surveillance régulière des taux sanguins peut saturer les capacités d’élimination biliaire du foie.
Le foie est normalement le grand protecteur contre le manganèse alimentaire, éliminant plus de 95 % des excès par la bile. Mais en cas d’atteinte hépatique sous-jacente (cirrhose, cholestase) ou d’inhalation pulmonaire, cette barrière protectrice est totalement court-circuitée.

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Paris12 – 13 DécembreICCHM.ORGicchm.orgComment distinguer le manganisme de la maladie de Parkinson ?
Bien que le manganisme provoque des troubles moteurs impressionnants, plusieurs critères cliniques et d’imagerie permettent au neurologue averti de poser le diagnostic différentiel :
- La cible anatomique différente : dans la maladie de Parkinson idiopathique classique, la dégénérescence cellulaire frappe en priorité la substance noire (locus niger) et la voie dopaminergique nigrostriée. Dans le manganisme, le métal se dépose spécifiquement dans le globus pallidus et le striatum, épargnant initialement la substance noire.
- Le type de tremblement : le tremblement parkinsonien typique est un tremblement de repos (mains au repos qui battent la mesure). Dans le manganisme, il s’agit préférentiellement d’un tremblement d’action ou d’intention et d’un tremblement postural, accompagné d’une dystonie faciale (faciès figé) et d’une démarche hésitante particulière sur la pointe des pieds appelée démarche du coq.
- Les troubles comportementaux précoces (la folie du manganèse) : avant les signes moteurs, les patients présentent fréquemment des crises de rires ou de pleurs immotivés, des accès d’agressivité soudaine et des hallucinations visuelles.
- La non-réponse à la L-Dopa : contrairement aux parkinsoniens qui voient leurs symptômes spectaculairement soulagés par la L-Dopa au début de la maladie, les patients atteints de manganisme ne répondent pas ou très peu aux agonistes dopaminergiques, car les récepteurs post-synaptiques du pallidum sont détruits par le métal.
L’imagerie par résonance magnétique : un signal lumineux caractéristique
L’examen clé qui apporte la preuve irréfutable de l’imprégnation cérébrale est l’IRM cérébrale en pondération T1 sans injection de produit de contraste :
- L’hypersignal spontané en T1 : le manganèse possédant des propriétés paramagnétiques intenses, son accumulation dans le globus pallidus et la substance noire produit un signal brillant blanc symétrique très évocateur qui saute aux yeux du radiologue.
- La régression du signal : si l’exposition est interrompue précocement, ce signal d’hyperintensité T1 s’atténue progressivement au fil des mois, corrélant avec l’élimination lente du métal.
Prévention au travail et enseignements au Congrès ICCHM 2026
La protection respiratoire par masques ventilés à adduction d’air chez les soudeurs et le contrôle strict de la teneur en manganèse de l’eau de boisson sont des impératifs sanitaires non négociables.
Pour découvrir les dernières recommandations sur le diagnostic précoce des neurotoxicités métalliques et les protocoles de détoxication applicables au manganèse, le Congrès ICCHM 2026, Congrès International des Contaminants et Métaux Lourds, se tiendra les 12 et 13 décembre 2026 au Novotel Paris Eiffel (avec participation en streaming direct accessible à tous). Le site officiel icchm.org permet de consulter le calendrier des conférences et de s’inscrire auprès des meilleurs spécialistes de la médecine du travail et de la toxicologie.




