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Génétique & épigénétique

Décrypter la génétique des troubles de l’alimentation

Amin Gasmi, PhD par Amin Gasmi, PhD
29 mai 2021
Dr Amin Gasmi
Formation IINMS · Replay disponible
Praticien expert en obésité & santé métabolique
Dr Amin Gasmi · 94 h de formation clinique certifiante
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L’anorexie mentale, la boulimie et l’hyperphagie boulimique sont les trois principaux troubles alimentaires que 4 personnes sur 10 vivant en Europe occidentale connaîtront à un moment donné de leur vie.

Ces dernières années, les études sur la base génétique de l’anorexie mentale ont mis en évidence l’existence de marqueurs génétiques prédisposants, partagés avec d’autres troubles psychiatriques. En analysant le génome de dizaines de milliers de Britanniques, une équipe de l’Université de Genève (UNIGE), des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG), du King’s College London, de l’University College London, de l’Université de Caroline du Nord (UNC) et de l’Icahn School of Medicine at Mount Sinai a approfondi ces premiers résultats en découvrant des similitudes entre les bases génétiques de ces différents troubles alimentaires, et celles d’autres troubles psychiatriques. Les troubles du comportement alimentaire diffèrent par leur association génétique avec des caractéristiques anthropométriques, comme le poids, le tour de taille ou l’indice de masse corporelle. Ainsi, la prédisposition génétique à certains traits de poids peut être une caractéristique distinctive de l’anorexie mentale, de la boulimie ou de l’hyperphagie boulimique. L’étude est publiée dans l’International Journal of Eating Disorders.
« Des études antérieures, qui ont mis en évidence une association génétique entre un risque élevé d’anorexie mentale et un faible risque d’obésité, ont commencé à lever le voile sur certains aspects du développement des troubles alimentaires qui avaient été le plus souvent négligés jusqu’alors », explique Nadia Micali, professeure au Département de psychiatrie de la Faculté de médecine de l’UNIGE et responsable de la Division de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent aux HUG, qui a dirigé ces travaux. Elle poursuit :  » En revanche, le même travail n’a pas été fait pour les deux autres grands troubles alimentaires : la boulimie et l’hyperphagie boulimique. Le but de notre étude était de comprendre les similitudes et les différences entre tous les troubles alimentaires dans le rôle des gènes régissant le poids corporel. »
Le génome de plus de 20 000 personnes examiné
Pour comprendre les similitudes et les différences entre les schémas génétiques de l’anorexie mentale, de la boulimie et de l’hyperphagie boulimique, l’équipe de recherche a analysé le génome de plus de 20 000 personnes. Celles-ci provenaient de deux grandes études de population menées au Royaume-Uni : la UK Biobank et l’Avon Longitudinal Study of Parents and Children.
Le premier auteur, le Dr Christopher Hübel, du King’s College de Londres, a déclaré : « Nous avons pu avoir accès aux données des volontaires : « Nous avons pu accéder à l’ADN des volontaires, à leurs données de santé de base (poids, âge, etc.) et à leurs réponses à des questionnaires de santé, y compris à d’éventuels troubles psychiatriques et à leurs antécédents de troubles alimentaires. Nous sommes reconnaissants de cet accès car nous avons pu effectuer des analyses multifactorielles et calculer plus de 250 scores polygéniques pour chaque personne. Chaque score polygénique additionne les gènes à risque impliqués dans un trait spécifique, comme la dépression, par exemple. Nous avons calculé des scores polygéniques pour les troubles psychiatriques, tels que la schizophrénie et les troubles obsessionnels compulsifs, et pour les traits métaboliques et physiques, notamment la sensibilité à l’insuline, l’obésité et un IMC élevé. » Ainsi, plus le score est élevé, plus le risque génétique est important, qu’il s’agisse des yeux bleus ou du développement d’une maladie donnée.
L’équipe de recherche a ensuite examiné les associations entre les scores polygéniques de ces volontaires (représentant la responsabilité génétique à l’égard des troubles psychiatriques, des traits métaboliques et physiques) et les troubles alimentaires.
Une combinaison de risque génétique de régulation psychiatrique et de poids corporel
L’étude montre que s’il existe de grandes similitudes génétiques entre l’anorexie mentale, la boulimie et l’hyperphagie boulimique, il existe aussi des différences notables.
Nadia Micali détaille ces résultats : « Les similitudes résident dans l’association avec les risques psychiatriques : l’anorexie mentale, la boulimie et l’hyperphagie boulimique partagent le risque génétique avec certains troubles psychiatriques, notamment pour la schizophrénie et la dépression, confirmant ainsi la forte composante psychiatrique de ces maladies. Cependant, la grande différence concerne la génétique associée à la régulation du poids corporel, qui est opposée entre l’anorexie d’une part, et la boulimie et l’hyperphagie boulimique d’autre part, ces dernières étant liées à un risque génétique élevé d’obésité, et à un IMC élevé. »
Une prédisposition génétique à un poids lourd par rapport à un poids léger pourrait constituer un facteur déterminant qui pousse des individus présentant un risque génétique psychiatrique similaire vers des troubles alimentaires différents.
« La composante métabolique et physique orienterait donc l’individu soit vers l’anorexie mentale, soit vers la boulimie ou l’hyperphagie boulimique », analyse Nadia Micali. « De plus, cette étude confirme une relation génétique claire entre l’hyperphagie boulimique et le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH), déjà observée cliniquement, qui pourrait être liée à une plus grande impulsivité, partagée par ces troubles. » Le rôle des modèles génétiques dans la régulation du poids corporel identifié dans cette étude permet de mieux comprendre la base génétique des troubles du comportement alimentaire, et la façon dont ils diffèrent dans leur marquage génétique malgré leurs similitudes. Ces travaux pourraient permettre de mieux comprendre le développement des troubles du comportement alimentaire.
Source:
https://www.unige.ch/communication/communiques/en/2021/dechiffrer-les-bases-genetiques-des-troubles-alimentaires

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