La citrulline malate (CM) est surtout connue des milieux sportifs pour ses effets sur la production d’oxyde nitrique et la récupération musculaire. Son intérêt chez la personne âgée active reste peu documenté. Un essai pilote randomisé publié en 2026 dans Clinical Nutrition ESPEN teste 6 semaines de supplémentation à 3 g/j, combinée à un programme d’exercice multicomposant, chez des femmes de 60 à 75 ans encore physiquement actives.
Design de l’essai pilote
Vingt femmes vivant à domicile sont randomisées :
- Groupe CM (n = 10) : exercice 3 séances/semaine + 3 g/j citrulline malate
- Groupe placebo (n = 10) : même protocole d’exercice + placebo
Durée : 6 semaines. Évaluations avant/après :
- Performance : test sit-to-stand, marche 6 minutes (6MWT), Short Physical Performance Battery (SPPB)
- Biomarqueurs : 25-OH-D, cortisol, testostérone, créatine kinase, glucose
- Qualité de vie : WHOQOL-BREF
Aucun événement indésirable n’est rapporté pendant l’intervention.
Résultat principal : sit-to-stand
Le groupe CM améliore significativement le test sit-to-stand :
- Variation CM : Δ = -1,62 ± 1,49 secondes (p = 0,023)
- Taille d’effet : Cohen’s d = 1,38 (grande magnitude)
Le sit-to-stand est un marqueur fonctionnel pertinent en gériatrie : il reflète la force des membres inférieurs et prédit, dans d’autres cohortes, le risque de chute et la perte d’autonomie. Un gain d’environ 1,6 seconde en 6 semaines, dans un petit échantillon, mérite attention mais appelle confirmation.
Tendances sur endurance et SPPB
Les comparaisons intergroupes n’atteignent pas la significativité statistique, mais les tendances favorisent CM :
| Outcome | Groupe CM | Placebo | Taille d’effet |
|---|---|---|---|
| 6MWT | +61,0 ± 80,2 m | +15,8 ± 28,9 m | d = 0,65 |
| SPPB | +0,60 ± 0,55 | -0,09 ± 0,70 | d = 1,05 |
Le SPPB est un composite validé (équilibre, vitesse de marche, lever de chaise) ; une amélioration de 0,6 point peut être cliniquement significative à l’échelle individuelle, même si l’essai est sous-puissant pour trancher entre groupes.
Biomarqueurs : signal sur la vitamine D
Seul biomarqueur avec évolution notable :
- 25-OH-D : +3,82 ± 5,01 ng/mL (CM) vs -0,90 ± 4,71 ng/mL (placebo)
Les auteurs n’explorent pas mécanistiquement ce finding. Hypothèses possibles : co-variation saisonnière, différence de compliance aux apports, ou artefact de petite taille d’échantillon. Ne pas prescrire la CM pour « corriger » une carence en vitamine D sur cette base seule.
Cortisol, testostérone, créatine kinase et glucose : pas de différence intergroupes significative. Qualité de vie (WHOQOL-BREF) : stable dans les deux bras.
Protocole d’exercice et externalisation
Le programme multicomposant (3 séances hebdomadaires) combinait vraisemblablement renforcement, équilibre et endurance, cohérent avec les recommandations OMS pour les 65 ans et plus. La supplémentation seule, sans ce socle, n’a pas été testée. Toute recommandation de CM chez une patiente sédentaire doit d’abord passer par la prescription d’activité supervisée ou structurée.
Pour les professionnels en rééducation ou en nutrition sportive gériatrique, documentez le volume d’entraînement parallèle avant d’attribuer un effet à la citrulline. Un carnet d’activité simple sur 6 semaines suffit souvent à objectiver l’adhésion.
Mécanismes attendus
La citrulline est convertie en arginine, substrat de la NO synthase. Chez le sujet âgé, la voie NO est souvent altérée, avec conséquences sur perfusion musculaire et endurance. La CM pourrait amplifier la réponse à l’exercice en améliorant la clearance de l’ammonium et la resynthèse du cycle de l’urée pendant l’effort.
Attention : l’essai teste CM + exercice, pas CM seule. L’effet observé est additif ou synergique ; on ne peut pas isoler la part de la supplémentation.
Pour qui, en pratique ?
Population incluse : femmes déjà actives, capables de suivre 3 séances hebdomadaires. Les résultats ne s’étendent pas aux sujets sédentaires, aux hommes, ni aux personnes avec comorbidités sévères ou polymédication complexe.
Posologie testée : 3 g/j de citrulline malate, durée 6 semaines. Pas de données sur des cures plus longues ou des doses inférieures chez ce profil.
Limites majeures
- n = 20 : pilote, puissance statistique insuffisante pour les outcomes secondaires
- Durée courte : 6 semaines ne permet pas d’évaluer maintien des gains à 6 ou 12 mois
- Femmes actives uniquement : biais de sélection vers une population réservée
- Pas de mesure de masse musculaire (DXA, impédance) ni de force isocinétique
- Effet exercice non contrôlé en bras CM seul
Les auteurs concluent eux-mêmes que les résultats sont préliminaires et générateurs d’hypothèses.
Message pour le professionnel de santé
La citrulline malate à 3 g/j, ajoutée à un programme d’exercice multicomposant, associe une amélioration mesurable du sit-to-stand chez des femmes âgées actives. Ce n’est pas encore une recommandation de grade A.
Priorité clinique : prescrire et superviser l’activité physique (renforcement membres inférieurs, équilibre). Si une patiente active demande un complément pour optimiser la récupération, la CM à cette posologie est biologiquement plausible et bien tolérée sur 6 semaines dans cet essai. Attendez des RCT plus larges avant de l’intégrer aux protocoles institutionnels de prévention de la sarcopénie.
Surveillez la fonction rénale et les interactions théoriques avec les vasodilatateurs chez les patientes polymédiquées. À 3 g/j, la CM est généralement bien supportée chez l’adulte sain, mais les données de sécurité long terme chez la personne âgée restent limitées.
