L’hypertension artérielle touche plus d’un adulte sur trois en France. Le régime DASH (Dietary Approaches to Stop Hypertension) figure dans les recommandations internationales depuis vingt ans, mais reste peu appliqué en consultation : trop abstrait, perçu comme contraignant, concurrencé par des protocoles « sans sel » extrêmes ou des compléments magnésium/potassium du commerce. L’enjeu pour le professionnel de santé : traduire le DASH en gestes alimentaires concrets, compatible avec un traitement antihypertenseur existant.
Principes du DASH : au-delà du « manger sain »
Le DASH original (essais DASH et DASH-Sodium, années 1990-2000) combine :
- fruits et légumes abondants (8-10 portions/jour dans la version stricte)
- produits laitiers faibles en gras (2-3 portions/jour)
- céréales complètes, légumineuses, noix
- viandes maigres et poissons en quantités modérées
- graisses saturées limitées, sucres ajoutés réduits
- sel contrôlé (< 2300 mg/j sodium, idéalement < 1500 mg/j en version stricte)
L’effet antihypertenseur moyen : -5 à -6 mmHg systolique en quelques semaines chez hypertendus, jusqu’à -11 mmHg quand le sodium est aussi réduit (DASH-Sodium).
Sel vs potassium : le couple décisif
La réduction sodique agit surtout chez les répondeurs au sel (environ 50 % de la population, davantage chez les personnes afro-américaines, sujettes à HTA précoce). Le DASH compense partiellement la restriction sodique par un apport potassium élevé (4000-5000 mg/j dans les essais), via fruits, légumes, légumineuses.
| Intervention | Effet TA systolique moyen | Commentaire |
|---|---|---|
| DASH seul | -5 à -6 mmHg | Effet rapide (2-4 semaines) |
| Réduction sel (< 1500 mg Na/j) | -3 à -5 mmHg | Difficulté d’adhérence |
| DASH + sel réduit | -8 à -11 mmHg | Synergie maximale |
| Complément potassium seul | Variable, modeste | Moins efficace que l’alimentation |
Le potassium alimentaire est préférable aux suppléments chez l’adulte sans IR avancée : meilleure tolérance, effets collatéraux bénéfiques (fibres, polyphénols).
Produits laitiers : pourquoi le DASH les inclut
Contrairement aux régimes végans stricts parfois prescrits au patient hypertendu, le DASH intègre 2-3 portions de laitiers allégés. Hypothèses :
- apport calcium modulant la vascularisation
- peptides bioactifs des produits laitiers (effets ACE-like modestes)
- effet satiété facilitant la perte pondérale
Les études ne permettent pas d’isoler le laitier comme facteur unique, mais retirer systématiquement les produits laitiers du DASH n’est pas evidence-based sauf intolérance ou choix éthique documenté.
DASH en pratique : prescription concrète
Petit-déjeuner type
Flocons d’avoine + banane + yaourt nature allégé + poignée de noix. Sel minimal (éviter pains industriels salés).
Déjeuner type
Salade composée (légumes verts, pois chiches, tomates, concombre) + filet de poisson ou poulet + huile d’olive. Pain complet. Fruit.
Dîner type
Légumineuses (lentilles) + légumes vapeur + céréale complète. Dessert : compote sans sucre ajouté.
Snacks
Fruits frais, amandes (20-30 g), crudités.
Objectif : augmenter le végétal avant de parler restriction. Beaucoup de patients hypertendus mangent déjà peu de potassium (fruits/légumes insuffisants) tout en consommant sel caché (plats préparés, charcuterie, pain).
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microbiome360.orgSel caché : où le patient ne regarde pas
- Pain et viennoiseries : 400-800 mg sodium/tranche selon produit
- Fromages : 200-500 mg/30 g
- Plats traiteur/surgelés : souvent > 1000 mg/portion
- Sauces industrielles : ketchup, soy sauce, bouillons cube
- Restauration rapide : dépassement fréquent de 3000 mg/j en un seul repas
Conseil pro : ne pas demander « de ne plus saler » si le patient achète des plats préparés quotidiens. Lire les étiquettes (objectif < 400 mg sodium/100 g pour un plat) est plus efficace que retirer la salière.
DASH et médicaments antihypertenseurs
Le DASH complète le traitement, ne le remplace pas chez HTA grade 2 ou à risque cardiovasculaire élevé. Interactions à connaître :
- IEC/ARA2 + régime riche en potassium : surveiller kaliémie si IR, diabète ou spironolactone associée
- Diurétiques thiazidiques : le DASH peut corriger la hypokaliémie légère, mais attention à l’hyperkaliémie si supplémentation excessive
- Perte pondérale via DASH : peut nécessiter ajustement des antihypertenseurs si TA trop basse
Profils cliniques
Hypertendu léger (grade 1), sans traitement
Essai DASH 4-6 semaines avec MAPA ou automesure. Si TA normalisée, prolonger et réévaluer à 3 mois.
Hypertendu traité, TA non contrôlée
Auditer sel caché et apports potassium avant d’augmenter la dose médicamenteuse. Le DASH-Sodium strict peut faire gagner 5 mmHg.
Insuffisant rénal chronique (DFG < 45)
Potassium alimentaire élevé : contre-indiqué sans supervision néphrologique. Adapter le modèle DASH (légumes cuits, fruits limités selon kaliémie).
Patient afro-caribéen
Répondeur au sel plus fréquent : insister sur réduction sodique stricte + DASH.
Ce que le DASH ne fait pas
- Ne guérit pas l’hypertension secondaire (apnée du sommeil, hyperaldostéronisme, sténose artère rénale)
- Ne remplace pas l’arrêt du tabac ou de l’alcool excessif
- Ne compense pas une sédentarité totale (activité physique reste adjuvant majeur)
- Ne justifie pas des suppléments potassium sans bilan rénal
Questions patients fréquentes
« Le sel rose ou la fleur de sel, c’est mieux ? »
Non : sodium équivalent. Le volume cristallin peut inciter à saler plus.
« Dois-je acheter des produits « sans sel » ? »
Utile pour pain et charcuterie. Attention aux compensations (potassium chlorure, additifs).
« Le magnésium en gélule suffit-il ? »
Effet TA modeste (-2 à -3 mmHg) dans certaines méta-analyses. Inférieur au DASH complet. Complément possible si carence, pas substitut.
Message en consultation
Le DASH n’est pas un régime miracle : c’est un modèle d’assiette riche en potassium et pauvre en sel qui abaisse la TA de 5 à 11 mmHg quand il est réellement suivi. Prescrire une amélioration progressive : +2 portions de légumes/jour cette semaine, remplacer charcuterie par poisson 3 fois/semaine, yaourt au goûter. Réévaluer TA à 4 semaines. Documenter l’essai avant d’intensifier le traitement médicamenteux chez HTA grade 1.
Suivi et réévaluation
Proposer un essai de 4 à 6 semaines avec :
- automesure TA (règle double mesure matin/soir)
- journal alimentaire simplifié centré sel et légumes
- bilan : créatinine, kaliémie si patient à risque
Si TA inchangée malgré DASH documenté : rechercher cause secondaire, observance médicamenteuse, apnée du sommeil. L’alimentation reste adjuvante même quand le pharmacologique devient nécessaire.



