En août 2025, l’ESC et l’EAS ont mis à jour leurs recommandations sur les dyslipidémies, avec une phrase sur les compléments alimentaires qui a fait tiquer. Un éditorial de 2026 dans Nutrition, Metabolism and Cardiovascular Diseases propose une lecture plus nuancée, utile dès qu’un patient brandit (ou refuse) berbérine, levure de riz rouge ou stérols.
La phrase qui a été surinterprétée
Le texte indique que les compléments ou vitamines sans efficacité LDL significative documentée et sans sécurité claire ne sont pas recommandés pour réduire le risque ASCVD. Certains y ont vu un ban généralisé des nutraceutiques.
Or la classe de recommandation associée est C : opinion d’experts / pratique courante, pas le niveau de preuve d’un grand RCT de morbi-mortalité. L’éditorial rappelle aussi l’effet d’entraînement de l’avis EFSA sur la levure de riz rouge (sécurité) : pertinent pour la monacoline K, pas extensible automatiquement à toute la classe.
Le poids disproportionné de SPORT
L’essai SPORT (statine faible dose vs panier hétérogène de compléments, dont certains sans effet lipidique prouvé) est souvent cité pour « démontrer » l’inutilité des nutraceutiques. Limites soulignées : courte durée, simple aveugle, puissance insuffisante, mélange de produits. En faire la pierre angulaire du discours anti-compléments est scientifiquement fragile.
Ce que la mise à jour ne couvre pas
Plusieurs agents disposent de méta-analyses sur le LDL : stérols végétaux, fibres solubles, berbérine, extrait d’artichaut, bergamote. Leur absence de discussion détaillée dans l’update n’équivaut pas à une invalidation. Lecture constructive proposée : recommander uniquement les nutraceutiques evidence-based, dans une stratégie globale, et pousser la recherche plutôt que l’anathème.
Positionnement pro
- Statine / ézétimibe / iPCSK9 restent le socle quand l’indication est là.
- Nutraceutique = appoint possible (intolérance, prévention primaire sélectionnée, refus temporaire), jamais alibi pour retarder un traitement indiqué en secondaire.
- Écarter les produits sans dossier ; garder fibres, stérols, berbérine dans le vocabulaire clinique encadré.
Les guidelines n’ont pas enterré tous les nutraceutiques lipidiques : elles refusent ceux sans dossier d’efficacité et de sécurité. À vous de faire la triage en consultation.
