La patiente de 68 ans avec ostéoporose densitométrique arrive avec trois yaourts achetés « pour l’os » et une peur des suppléments de calcium lue sur internet. Sa question est concrète : combien faut-il vraiment ? Vous devez répondre avec des chiffres, pas avec un discours vague sur « manger équilibré ». Après 65 ans, l’os a besoin de calcium, vitamine D et protéines : retirer l’un des trois affaiblit les deux autres.
Chiffres utiles après 65 ans
Chez l’adulte ≥ 65 ans, les apports conseillés tournent autour de 1200 mg/j de calcium total (alimentaire et supplément confondus), 800 à 1000 UI/j de vitamine D (ajuster selon le statut et le traitement anti-ostéoporotique en cours), et 1 à 1,2 g/kg/j de protéines. Cette dernière recommandation contredit encore la peur rénale héritée du XXe siècle : chez le sujet à fonction rénale stable, sous-alimenter en protéines fragilise l’os autant qu’un déficit calcique. En insuffisance rénale chronique modérée à sévère, le calcium se cadré différemment : éviter l’hypercalcémie, privilégier les chélateurs de phosphate, adapter la dose avec le néphrologue.
Calcium alimentaire avant la capsule
Un repas-type peut couvrir une large part sans capsule. Un yaourt nature de 125 g apporte environ 150 mg, un morceau de fromage de 30 g (type emmental) 250 à 300 mg, un verre de lait de 200 ml 240 mg, un litre d’eau calcique 150 à 200 mg selon la marque, 100 g de sardines avec arêtes 350 mg, 30 g d’amandes 80 mg, 200 g de brocoli cuit 100 mg. Deux produits laitiers, des légumes verts et du poisson osseux deux fois par semaine approchent souvent 800 à 1000 mg/j. Le complément n’est utile que si l’apport alimentaire reste bas : intolérance lactose non compensée, appétit réduit chez le sujet âgé isolé, végétalisme strict sans stratégie calcique.
Suppléments : bénéfice et signal cardiovasculaire
Les suppléments de calcium seuls (sans vitamine D) ont montré une modeste réduction du risque fracturaire, surtout chez les personnes âgées institutionnalisées aux apports alimentaires très bas. En revanche, des méta-analyses ont signalé une légère hausse du risque d’événements cardiovasculaires avec des doses élevées (supérieures à 1000 mg/j en supplément) chez des sujets déjà bien nourris. Le message nuancé : privilégier l’alimentaire ; si supplément nécessaire, 500 mg/j en une prise plutôt que 1000 mg d’un coup ; associer vitamine D si déficit ; espacer calcium et fer (compétition à l’absorption intestinale).
Vitamine D et protéines : la triade osseuse
Sans vitamine D suffisante, le calcium intestinal est mal absorbé. Dosage de 25-OH-D : supplémenter si inférieur à 30 ng/mL, cible souvent 40 à 60 ng/mL chez l’ostéoporotique. Attention aux megadoses intermittentes non suivies : elles ne remplacent pas un entretien quotidien chez le senior fragile. La peur des protéines « acides » sur l’os est dépassée. La sarcopénie augmente le risque de chute, première cause de fracture du col fémoral. Un senior qui mange 0,6 g/kg/j de protéines fragilise muscle et os simultanément. Viser 20 à 30 g de protéines par repas principal (œuf, poisson, légumineuses, volaille) constitue un repère simple à transmettre.
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microbiome360.orgBisphosphonates et fenêtre post-fracture
L’activité physique à impact modéré (marche rapide, montées d’escaliers) associée au renforcement musculaire produit un effet supérieur au calcium seul sur le risque fracturaire. L’alcool au-delà de deux verres par jour accélère la perte osseuse. Le sel excessif favorise la fuite calcique urinaire : modérer le sel plutôt que megadoser le calcium. Si bisphosphonate oral : jeun strict, eau plate, rester debout 30 minutes, pas de petit-déjeuner calcique dans l’heure qui suit. Le patient qui avale son yaourt avec l’alendronate annule une partie du traitement.
Post-fracture du col fémoral, la dénutrition est fréquente. La fenêtre de renutrition compte : protéines renforcées (1,2 à 1,5 g/kg/j si fonction rénale correcte), calcium et vitamine D optimisés, orientation diététicien en service de soins de suite et de réadaptation. Les patients sous denosumab ou tériparatide ont les mêmes besoins nutritionnels de base ; le traitement pharmacologique ne compense pas un apport calcique chroniquement insuffisant.
Chez le végétalien strict, le calcium alimentaire exige une stratégie explicite : tofu au calcium, boissons végétales enrichies, légumineuses, amandes, figues sèches, légumes verts. Un senior végétalien sans cette planification descend facilement sous 500 mg/j. Chez l’intolérant au lactose, les laits sans lactose, les yaourts fermentés et les fromages affinés (faibles en lactose) restent tolérés par la plupart des patients ; ne pas éliminer toute source laitière par défaut.
La peur des suppléments de calcium, alimentée par des articles alarmistes sur le « calcium qui bouche les artères », mérite un cadrage honnête : le signal cardiovasculaire concerne surtout les suppléments élevés chez des sujets déjà bien nourris, pas le yaourt du petit-déjeuner. Votre réponse type en consultation : « Visez deux produits laitiers ou équivalents, du poisson osseux deux fois par semaine, des légumes verts. On dosera la vitamine D. Un comprimé de 500 mg de calcium seulement si votre apport alimentaire reste bas. Et on ne néglige pas les protéines : elles protègent autant que le calcium. » L’ostéoporose se nourrit en triade : calcium cadré, vitamine D corrigée, protéines suffisantes, le tout sous une activité physique régulière.




