Le magnésium circule comme un anti-inflammatoire « naturel » pour l’arthrose du genou. La littérature est plus nuancée, et c’est justement là que votre conseil gagne en crédibilité.
Pourquoi le lien est biologiquement séduisant
Le magnésium module la voie NMDA, influence le tonus musculaire et intervient dans le métabolisme osseux. Des travaux d’ingénierie tissulaire et de « médecine ionique » explorent même des ions minéraux (dont le magnésium) pour stimuler la réparation cartilagineuse in vitro. Côté population, des associations entre statut magnésium bas et symptômes ou structure articulaire ont été rapportées, sans toujours trancher sur la causalité.
Le patient arthrosique cumule souvent sarcopénie relative, sédentarité, et alimentation pauvre en aliments sources de magnésium. Le déficit n’est donc pas un détail cosmétique.
Ce que les essais ne disent pas encore
Il n’existe pas, à ce jour, de grand essai randomisé montrant qu’une forme orale de magnésium ralentit la progression radiographique de la gonarthrose comme le ferait une perte de poids significative. Les signaux portent plutôt sur le terrain (douleur, crampes associées, qualité du sommeil, comorbidités métaboliques) que sur une régénération cartilagineuse clinique.
Dans l’arthrose du genou, le magnésium ne remplace ni le renforcement musculaire ni la perte de poids : il corrige un terrain souvent oublié.
Angle cabinet utile
- Dépister un apport insuffisant (moins de 300–350 mg/j selon le profil) chez le patient douloureux chronique.
- Coupler le conseil magnésium à la prise en charge de référence : activité physique adaptée, contrôle pondéral, antalgie raisonnée, éventuelle viscosupplémentation / chirurgie selon stade.
- Choisir une forme orale bien tolérée ; viser la correction d’un déficit, pas une « dose anti-arthrose » magique.
- Surveiller la fonction rénale avant supplémentation prolongée.
Ce qu’il vaut mieux ne pas promettre
Ni « reconstruire le cartilage », ni remplacer AINS / paracétamol sans évaluation. Le message partageable entre confrères : le magnésium est un levier de terrain dans un genou métabolique, pas un DMARD de l’arthrose.
Si le patient arrive avec un flacon déjà ouvert, validez l’indication (carence probable, crampes, constipation associée), ajustez la dose, et recentrez la conversation sur les leviers à fort niveau de preuve pour la gonarthrose.
