La patiente décrit des poignées de cheveux dans la douche depuis trois mois, ou l’homme jeune remarque un recul des golfes. Derrière l’alopécie, le diagnostic va de l’effluvium telogen post-stress ou post-fébrile à l’alopécie androgénétique, en passant par les carences nutritionnelles. Le marché des compléments capillaires explose ; votre rôle : trier ce qui relève du fer, du zinc, de la thyroïde ou de la génétique, et orienter l’alimentation avant d’empiler les gélules « pousse-chelux ».
Effluvium telogen vs carence : ne pas confondre calendrier et biologie
L’effluvium telogen survient 2 à 4 mois après un trigger : infection, accouchement, chirurgie, perte de poids rapide, stress majeur. La chute est diffuse, le cuir chevelu est sain. Repousse spontanée en 6 à 12 mois si le trigger cesse. Les carences peuvent coexister et prolonger l’effluvium :
- fer (ferritine basse, même sans anémie franche)
- zinc
- vitamine D
- protéines / apports caloriques insuffisants
- vitamine B12, folates (moins fréquents isolés)
Corriger une ferritine à 8 ng/mL peut faire repousser des cheveux ; empiler biotine et zinc sans bilan ne fait que enrichir les urines.
Fer : le premier bilan à ne pas sauter
La ferritine < 30 ng/mL (seuil discuté, certains utilisent 40 chez la femme en chute) est associée à l’effluvium. Rechercher saignements (ménorragies, digestif), végétarisme mal compensé, sport d’endurance, post-partum.
Conduite :
- supplémentation fer si ferritine basse et cause identifiée, avec tolérance digestive surveillée
- alimentation : viandes, légumineuses + vitamine C, éviter thé/café au repas fer
- ne pas supplémenter sans bilan : surcharge fer chez l’hémochromatose non diagnostiquée
Recontrôle ferritine à 3 mois ; repousse capillaire retardée par rapport à la correction biologique.
Zinc, cuivre, sélénium : supplémenter avec parcimonie
Zinc bas (rare alimentation variée, malabsorption, alcoolisme) peut entraîner effluvium et cheveux cassants. Supplémentation 15 à 25 mg/j limitée dans le temps si carence prouvée ; excès > 50 mg/j chroniques perturbe le cuivre et peut aggraver la chute.
Sélénium : carence rare en Europe ; excès (Brésil noix du Brésil quotidiennes, suppléments) peut provoquer effluvium et ongles fragiles. Pas de supplémentation systématique.
Vitamine D et protéines : le socle silencieux
Vitamine D insuffisante fréquente ; association avec alopécie areata et effluvium dans certaines séries. Dosage 25-OH-D, correction selon guidelines. Protéines < 0,8 g/kg/j chez la patiente restrictive ou post-bariatrique : effluvium prolongé ; restaurer apports avant compléments capillaires commercialisés.
Biotine : le mythe du complément capillaire universel
La biotine est martelée sur les étiquettes « anti-chute ». Carence biotine vraie rare (alimentation variée, avocat d’œuf cru chronique). Supplémentation massive fausse dosages biologiques (TSH, troponine selon plateformes). Pas d’indication systématique ; essai court seulement si régime très restrictif ou grossesse multiple (discuté).
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microbiome360.orgAlopécie androgénétique : nutrition adjuvante, pas substitut
L’alopécie androgénétique ne se corrige pas par le fer seul. La nutrition intervient sur :
- syndrome métabolique associé (hyperinsulinisme modulant 5-alpha-réductase)
- poids et activité physique
- inflammation de bas grade
Pas de régime « anti-DHT alimentaire » validé (palmetto alimentaire vs extrait standardisé : ne pas confondre). Minoxidil, finastéride, spironolactone restent médicaux.
Régimes restrictifs et chirurgie bariatrique
Post-sleeve ou bypass : effluvium massif mois 3 à 6, carences fer, zinc, B12, protéines. Supplémentation protocolisée chirurgicale ; pas « complément cheveux » isolé. Vérifier observance multivitamines.
Scénarios de consultation
Femme 35 ans, effluvium 4 mois post-Covid, ferritine 12
Fer oral 3 mois, alimentation fer + vitamine C, patience repousse. Pas biotine 10 mg.
Homme 28 ans, golfes reculants, ferritine normale
Orientation dermatologie AGA ; nutrition cardiometabolique si surpoids. Pas zinc chronique sans carence.
Végétalienne, chute diffuse, ferritine 18, B12 limite
Fer + B12 si besoin, protéines légumineuses/soja/tofu, vitamine D. Réévaluation 3 mois.
Patiente sous isotretinoïne, cheveux fins
Effet médicamenteux réversible ; hydratation, oméga-3 alimentaires ; pas empiler suppléments sans indication.
Compléments « pousse-chelux » du commerce
Formules combinant biotine, zinc, cystéine, sélénium, fer : risque surdosage cumulé, interactions. Si patient insiste : une formule, durée 3 mois max, bilan préalable ferritine/zinc/vitamine D. Prioriser alimentation et traitement cause.
Message en consultation
Alopécie areata et pelade : rôle marginal de la nutrition
L’alopécie areata est auto-immune ; pas de régime curatif. Correction carences associées (fer, vitamine D) reste pertinente ; gluten-free seulement si maladie cœliaque concomitante documentée. Discours « anti-inflammatoire alimentaire » : prudence, pas substitut corticoïdes topiques ou JAK inhibitors.
Thyroidite et Hashimoto : ne pas oublier TSH
Hypothyroïdie subclinique ou franche prolonge effluvium. TSH systématique devant chute diffuse ; traitement levothyrox si indication endocrino. Pas supplément « thyroïde naturelle » non prescrit.
Grossesse et post-partum
Effluvium post-partum physiologique mois 3 à 6 ; rassurer si ferritine correcte. Allaitement : besoins protéiques accrus ; éviter régime restrictif post-grossesse « pour retrouver ligne » qui entretient chute.
Médicaments inducteurs de chute
Isotretinoïne, anticoagulants, bêtabloquants, chimiothérapie : effluvium médicamenteux documenté. Interroger nouveaux traitements 2 à 4 mois avant chute. Arrêt ou substitution relève du prescripteur ; nutrition supportive en attendant repousse.
Cuir chevelu et inflammation locale
Dermatite séborrhéique coexiste parfois ; traitement topique antifongique si squames épaisses. Pas confondre miniaturisation AGA et inflammation réversible du cuir chevelu.
L’alopécie impose un diagnostic différentiel avant la pharmacie nutraceutique. Mesurez ferritine, 25-OH-D, TSH, zinc si contexte ; explorez restriction alimentaire et perte de poids. La nutrition corrige les carences qui prolongent l’effluvium ; elle ne repousse pas un cuir chevelu génétiquement miniaturisé sans traitement médical adapté. Documentez le trigger temporel et fixez des attentes réalistes : la repousse visible suit la biologie de 3 à 6 mois.


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