L’effluvium telogen et l’alopécie androgénétique représentent des entités distinctes, mais les carences nutritionnelles (fer, zinc, vitamine D, apports protéiques) prolongent souvent la chute capillaire quel que soit le mécanisme initial. Le marché des compléments « pousse-chelux » a dépassé le milliard d’euros en Europe ; la littérature dermatologique rappelle pourtant qu’une ferritine basse ou une hypothyroïdie non traitée expliquent une part non négligeable des effluviums diffus chez la femme. L’enjeu pro : hiérarchiser bilan, alimentation et supplémentation avant la pharmacie capillaire.
Effluvium telogen vs carence : ne pas confondre calendrier et biologie
L’effluvium telogen survient 2 à 4 mois après un trigger : infection, accouchement, chirurgie, perte de poids rapide, stress majeur. La chute est diffuse, le cuir chevelu est sain. Repousse spontanée en 6 à 12 mois si le trigger cesse. Les carences peuvent coexister et prolonger l’effluvium :
- fer (ferritine basse, même sans anémie franche)
- zinc
- vitamine D
- protéines / apports caloriques insuffisants
- vitamine B12, folates (moins fréquents isolés)
Corriger une ferritine à 8 ng/mL peut faire repousser des cheveux ; empiler biotine et zinc sans bilan ne fait que enrichir les urines.
Fer : le premier bilan à ne pas sauter
La ferritine < 30 ng/mL (seuil discuté, certains utilisent 40 chez la femme en chute) est associée à l’effluvium. Rechercher saignements (ménorragies, digestif), végétarisme mal compensé, sport d’endurance, post-partum.
Conduite :
- supplémentation fer si ferritine basse et cause identifiée, avec tolérance digestive surveillée
- alimentation : viandes, légumineuses + vitamine C, éviter thé/café au repas fer
- ne pas supplémenter sans bilan : surcharge fer chez l’hémochromatose non diagnostiquée
Recontrôle ferritine à 3 mois ; repousse capillaire retardée par rapport à la correction biologique.
Zinc, cuivre, sélénium : supplémenter avec parcimonie
Zinc bas (rare alimentation variée, malabsorption, alcoolisme) peut entraîner effluvium et cheveux cassants. Supplémentation 15 à 25 mg/j limitée dans le temps si carence prouvée ; excès > 50 mg/j chroniques perturbe le cuivre et peut aggraver la chute.
Sélénium : carence rare en Europe ; excès (Brésil noix du Brésil quotidiennes, suppléments) peut provoquer effluvium et ongles fragiles. Pas de supplémentation systématique.
Vitamine D et protéines : le socle silencieux
Vitamine D insuffisante fréquente ; association avec alopécie areata et effluvium dans certaines séries. Dosage 25-OH-D, correction selon guidelines. Protéines < 0,8 g/kg/j chez la patiente restrictive ou post-bariatrique : effluvium prolongé ; restaurer apports avant compléments capillaires commercialisés.
Biotine : le mythe du complément capillaire universel
La biotine est martelée sur les étiquettes « anti-chute ». Carence biotine vraie rare (alimentation variée, avocat d’œuf cru chronique). Supplémentation massive fausse dosages biologiques (TSH, troponine selon plateformes). Pas d’indication systématique ; essai court seulement si régime très restrictif ou grossesse multiple (discuté).
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microbiome360.orgAlopécie androgénétique : nutrition adjuvante, pas substitut
L’alopécie androgénétique ne se corrige pas par le fer seul. La nutrition intervient sur :
- syndrome métabolique associé (hyperinsulinisme modulant 5-alpha-réductase)
- poids et activité physique
- inflammation de bas grade
Pas de régime « anti-DHT alimentaire » validé (palmetto alimentaire vs extrait standardisé : ne pas confondre). Minoxidil, finastéride, spironolactone restent médicaux.
Régimes restrictifs et chirurgie bariatrique
Post-sleeve ou bypass : effluvium massif mois 3 à 6, carences fer, zinc, B12, protéines. Supplémentation protocolisée chirurgicale ; pas « complément cheveux » isolé. Vérifier observance multivitamines.
Scénarios cliniques synthétiques
Effluvium post-Covid, ferritine 12 ng/mL : fer oral 3 mois, alimentation fer + vitamine C ; repousse visible à 4-6 mois. Pas biotine 10 mg sans indication.
Golfes reculants, ferritine normale : orientation dermatologie AGA ; nutrition cardiometabolique si surpoids.
Végétalisme, ferritine 18, B12 limite : fer + B12 si besoin, protéines légumineuses ; réévaluation 3 mois.
Compléments « pousse-chelux » du commerce
Formules combinant biotine, zinc, cystéine, sélénium, fer : risque surdosage cumulé, interactions. Si demande insistante : une formule, durée 3 mois max, bilan préalable ferritine/zinc/vitamine D. Prioriser alimentation et traitement de la cause.
Alopécie areata et pelade : rôle marginal de la nutrition
L’alopécie areata est auto-immune ; pas de régime curatif. Correction carences associées (fer, vitamine D) reste pertinente ; gluten-free seulement si maladie cœliaque concomitante documentée. Discours « anti-inflammatoire alimentaire » : prudence, pas substitut corticoïdes topiques ou JAK inhibitors.
Thyroidite et Hashimoto : ne pas oublier TSH
Hypothyroïdie subclinique ou franche prolonge effluvium. TSH systématique devant chute diffuse ; traitement levothyrox si indication endocrino. Pas supplément « thyroïde naturelle » non prescrit.
Grossesse et post-partum
Effluvium post-partum physiologique mois 3 à 6 ; rassurer si ferritine correcte. Allaitement : besoins protéiques accrus ; éviter régime restrictif post-grossesse « pour retrouver ligne » qui entretient chute.
Médicaments inducteurs de chute
Isotretinoïne, anticoagulants, bêtabloquants, chimiothérapie : effluvium médicamenteux documenté. Interroger nouveaux traitements 2 à 4 mois avant chute. Arrêt ou substitution relève du prescripteur ; nutrition supportive en attendant repousse.
Cuir chevelu et inflammation locale
Dermatite séborrhéique coexiste parfois ; traitement topique antifongique si squames épaisses. Pas confondre miniaturisation AGA et inflammation réversible du cuir chevelu.
L’alopécie impose un diagnostic différentiel avant la pharmacie nutraceutique. Mesurez ferritine, 25-OH-D, TSH, zinc si contexte ; explorez restriction alimentaire et perte de poids. La nutrition corrige les carences qui prolongent l’effluvium ; elle ne repousse pas un cuir chevelu génétiquement miniaturisé sans traitement médical adapté. Documentez le trigger temporel et fixez des attentes réalistes : la repousse visible suit la biologie de 3 à 6 mois.




