L’adulte avec trisomie 21 de 28 ans est adressé pour « alimentation équilibrée ». Ses aidants décrivent prise de poids progressive, constipation chronique et fatigue. Il prend déjà une multivitamine achetée en ligne « pour Down ». Avant de lister super-aliments, la consultation nutrition chez l’adulte porteur du syndrome de Down doit intégrer dépistages thyroïdiens, maladie cœliaque, obésité, reflux et contraintes oro-motoriques parfois sous-estimées à l’âge adulte.
Spécificités métaboliques et comportementales
Comparé à la population générale, surrisque de :
- hypothyroïdie (auto-immune fréquente)
- maladie cœliaque (prévalence augmentée)
- obésité et syndrome métabolique
- constipation et motilité lente
- reflux gastro-œsophagien
- apnée du sommeil avec conséquences sur faim et fatigue
La nutrition adulte ne reprend pas les seuls repères pédiatriques texture-modifiée sans réévaluation autonomie alimentaire.
Hypothyroïdie : dépistage avant régime
TSH annuelle recommandée dans les guides spécialisés ; souvent oubliée à la transition adulte. Symptômes : prise de poids, frilosité, constipation, ralentissement, humeur plate.
Chez l’adulte avec trisomie 21, corriger une hypothyroïdie non diagnostiquée vaut plus qu’une multivitamine « spéciale Down ».
Si TSH élevée : traitement substitutif prioritaire ; réévaluation poids après 3 mois d’équilibre thyroïdien avant régime restrictif.
Maladie cœliaque : index de suspicion
Prévalence cœliaque augmentée ; tableau parfois atypique (anémie ferriprive, faible stature relative, diarrhée ou constipation). Dépistage IgA totale + anticorps anti-transglutaminase si :
- symptômes digestifs persistants
- carence fer/B12/folates inexpliquée
- ostéopénie chez adulte jeune
Régime sans gluten uniquement si biopsie ou protocole diagnostique validé ; pas expérimentation sans bilan ( risque carences et coût social).
Obésité et activité physique adaptée
Prévalence obésité élevée, sédentarité, parfois accès limité à activité structurée. Approche :
- portions adaptées, densité énergétique modérée
- légumes et protéines maigres à chaque repas
- limitation boissons sucrées et grignotage ultra-transformé
- coordination avec éducateur sportif / kiné si comorbidités cardiaques
Objectifs réalistes : maintien puis perte lente ; pas régimes drastiques perturbant routines protégées.
Constipation et fibres progressives
Motilité intestinale lente fréquente. Stratégie :
- fibres solubles graduelles (psyllium si accord médical, légumes cuits)
- hydratation diurne structurée
- activité physique quotidienne
- revue médicaments (fer, anticholinergiques, opioïdes)
Attention fausses routes si troubles déglutition ; textures selon évaluation orthophonie si doute.
Micronutriments : corriger, pas empiler
Carences possibles : fer, vitamine D, B12, folates, zinc. Dosages ciblés après bilan ; pas megadoses systématiques.
Antioxydants (sélénium, vitamine E) commercialisés pour trisomie 21 : preuves cliniques insuffisantes chez adulte ; risque surdosage.
Multivitamine générique standard souvent suffisante si alimentation variée et absorption normale.
Texture, autonomie et dignité
Historique pédiatrique de textures mixées ne signifie pas incapacité adulte. Réévaluer :
- compétences masticatoires
- préférences alimentaires
- contexte résidentiel (foyer, familial, semi-autonomie)
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microbiome360.orgObjectif : alimentation plaisir et sécurité, pas infantilisation systématique.
Reflux et alimentation pratique
Repas plus petits, éviter coucher < 2 h post-prandial, limiter graisses et alcool si consommé, surélévation tête de lit si recommandation médicale. Pas liste d’exclusion longue sans symptômes.
Coordination équipe pluridisciplinaire
Médecin traitant ou centre spécialisé trisomie 21, endocrinologie, gastro, diététicien, orthophoniste si besoin, aidants formés. Consentement et inclusion de la personne dans décisions alimentaires autant que possible.
Cardiopathie congénitale et sodium
Une fraction significative d’adultes avec trisomie 21 vit avec cardiopathie résiduelle ou HTA. Adapter sel et apports liquidien si insuffisance cardiaque ; pas régime pauvre en sel systématique sans indication.
Diabète et prévention
Prédisposition diabète ; dépistage régulier. Alimentation fractionnée, fibres, activité adaptée. Éviter sodas et grignotage ultra-transformé dans structures d’accueil.
Apports protéiques et sarcopénie
Sarcopénie possible avec âge et sédentarité. Protéines 1,0 à 1,2 g/kg/j si fonction rénale normale, réparties sur la journée. Textures adaptées sans réduire systématiquement les apports.
Accompagnement des aidants
Former sur portions, lecture étiquettes, éviter surcomplémentation « bien intentionnée ». Objectif : autonomie alimentaire maximale compatible avec sécurité.
Micronutriments au long cours
Fer : vérifier ferritine avant supplément « fatigue ». B12 et folates si alimentation restrictive ou malabsorption suspectée. Calcium via produits laitiers ou alternatives enrichies si apports faibles.
Environnement résidentiel et menus collectifs
Foyers et résidences : adapter textures sans appauvrir variété. Travailler avec cuisine sur sodas, desserts systématiques, grignotage nocturne. Petites victoires répétées valent mieux qu’un plan idéal non suivi.
Plaisir alimentaire et inclusion sociale
Éviter listes d’interdits stigmatisantes. Repas conviviaux, desserts occasionnels, participation aux activités collectives : la qualité de vie alimentaire compte autant que la densité nutritionnelle brute.
Transition vers l’âge adulte
Beaucoup de parcours nutritionnels s’arrêtent à 18 ans. Planifier passage vers suivi adulte : même vigilance thyroïdienne, poids, dépistage cœliaque si symptômes nouveaux. Mettre à jour textures et préférences avec la personne, pas seulement avec les aidants. Documenter allergies, texture préférée et aides à la déglutition dans dossier partagé pour continuité entre structures.
Script aidant / patient
« On vérifie d’abord la thyroïde et le gluten, on ajuste fibres et portions pour le ventre et le poids, et on n’achète plus de pots « miracle Down » sans bilan sanguin. L’objectif : manger varié, bouger, et traiter ce qui est médical avant de compléter. »
Situations urgentes nutritionnelles
Dysphagie nouvelle, perte de poids rapide, vomissements répétés, anémie sévère : bilan médical, pas seulement menu.
La nutrition de l’adulte avec syndrome de Down exige de sortir du seul cadre pédiatrique. Thyroïde et cœliaque dépistées, obésité et constipation traitées avec méthode, compléments rationnels : c’est ce tri qui respecte l’autonomie et la santé métabolique long terme, loin des formules marketing « trisomie ».




