Supplémentation : Les sportifs ont ils besoin des compléments alimentaires ?

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La question de la supplémentation est très complexe qu’il s’agisse de sportifs, de patients ou de sédentaires. Cette complexité est due à l’hétérogénéité des compléments alimentaires. En effet, le mot “compléments alimentaires” veut dire tout et n’importe quoi. Voici une liste non exhaustive de ce qui pourrait se cacher derrière cette désignation de “compléments alimentaires” :

  • Antioxydants (non enzymatiques)
  • Suppléments énergétiques (glucides et lipides) & structurels (protéines)
  • Minéraux & oligoéléments
  • Produits phytonutritionnels
  • Extraits et concentrés d’aliments et de plantes
  • Stimulants naturels (non considérés comme dopants)
  • Enzymes, coenzymes et précurseurs
  • Préparations à base de superaliments
  • Pro et prébiotiques
  • Produits antiâge
  • Principes actifs d’alcaloïdes, de plantes médicinales (non considérés comme médicaments)
  • Substances orthomoléculaires (micronutriments avec un effet thérapeutique à doses élevées)
  • Micronutriments considérés comme médicaments (vitamine A, B12, D, magnésium, calcium…etc)
  • Toute substance ayant un quelconque effet physiologique positif (ça exclue automatiquement les produits dopants) et qui n’est pas reconnue comme médicament.

A partir de ces catégories, on peut très bien constater la difficulté qui se pose lorsqu’on voudrait émettre un jugement sur un produit en le classant comme complément alimentaire. Il faudra donc dans un premier temps apprendre à ne plus utiliser la notion de complément alimentaire ou de supplément quand il s’agit de juger de l’utilité ou de l’efficacité d’un produit, mais d’utiliser la catégorie à laquelle ce produit correspond.

Dans ce sens, si on applique ce principe à la supplémentation chez les sportifs, il faudra également ne pas oublier de préciser le type de sport ou d’activité physique, le niveau du sportif en question, ainsi que ses objectifs. Donc globalement, afin de parler de l’utilisation des compléments alimentaires chez les sportifs il faut tenir compte de :

  • Catégorie du supplément en question et ses effets
  • Type de discipline sportive et ses exigences physiologiques et métaboliques (force, endurance de fond, résistance, sports collectifs, de combat…)
  • Niveau sportif (amateur, national, international, olympique) et charge des entraînements
  • Objectifs du sportif

Néanmoins, il existe certaines catégories de compléments alimentaires qui sont actuellement utilisés par des sportifs sous couvert de l’idée que les compléments sont bénéfiques pour les sportifs. Parmi ces catégories, les antioxydants. Ces derniers sont utilisés, nous dit-on, afin de protéger le sportif des radicaux libres (espèces réactives d’oxygène) produits lors des entraînements. Or, de nombreuses études et reviews (1, 2) montrent l’effet bénéfique de ces radicaux libres produits au cours de l’activité physique. Ils permettent un phénomène de rééducation métabolique à l’effort des systèmes d’antioxydation enzymatique (cycle du glutathion, superoxyde dismutase, catalase). Ces radicaux libres dus à l’activité physique modulent l’expression génique et permettent une excellente adaptation à la charge de l’exercice (non pas le poids de l’haltère mais le produit de l’intensité et du volume). Le seul cas où un sportif devrait se tourner vers des antioxydants non enzymatiques, c’est lors du surentraînement. Un sportif surentraîné souffre de (3) :

  • Déplétion énergétique
  • Désadaptation métabolique à l’effort
  • Surmenage émotionnel dû à un manque de neurotransmeteurs à cause de l’épuisement des voies métaboliques qui permettent de les synthétiser
  • Déséquilibre de la balance antioxydants enzymatiques/radicaux libres où les systèmes de l’antioxydation sont dépassés par les quantités gigantesques de radicaux libres produites par les toxines accumulées tout au long des semaines et des mois d’entraînement intensif
  • Dépassement des voies d’élimination (complexe reins-vessie, complexe foie-vésicule biliaire-intestin)

Les antioxydants permettent de protéger le sportif surentraîné de l’effet délétère des radicaux libres et de soutenir les systèmes enzymatiques de l’antioxydation. Mis à part ce cas les antioxydants (non enzymatiques) mettraient les systèmes enzymatiques antioxydants au repos et créeraient une dépendance vis à vis des suppléments antioxydants (voir mon article à ce sujet).

L’usage des suppléments énergétiques (glucides et acides gras) et structurels (protéines) sont plus intéressants que toutes les autres catégories de compléments alimentaires. Encore faut-il choisir les bon produits, les bons dosages et proportions en fonction de la discipline, du niveau sportif et des objectifs.Leur usage est justifié dans les cas où :

  • L’alimentation du sportifs, pour une raison ou autre, ne lui permet pas une bonne récupération.
  • La charge d’entraînement dépasse les capacités objectives de la récupération par l’alimentation.

L’utilisation des micronutriments tels que des vitamines mais surtout des minéraux et oligoéléments devrait être justifiée par des analyses biologiques. Il faut comprendre qu’un sportifs de haut niveau (niveau international) subit une charge d’entraînement qui mobilise ses capacités métaboliques et surtout ses capacités d’élimination. S’il se supplémente en un micronutriment dont il n’a pas besoin, celui-ci devra être éliminé, ce qui aggravera la surcharge déjà très significative sur les systèmes d’élimination (complexe reins-vessie, complexe foie-vésicule biliaire-intestin) et participera à l’avènement du surentraînement ou en tout cas interfèrera avec la performance du sportif. Ceci est moins vrai pour les sportifs de moindre niveau, voire amateurs.

L’usage de toutes les autres catégories de suppléments doit être parfaitement justifié, comme dans les cas de maladies, de troubles intestinaux, de carences, d’une éventuelle amélioration de la performance dans un but bien précis… etc.

Les meilleurs produits sont :

  • Ceux dont la composition est la moins complexe possible
  • Ceux avec une bonne traçabilité
  • Ceux dont le prix n’est pas le moins cher (les moins chers sont les plus mauvais, le contraire n’est pas vrai)
  • Ceux d’origine biologique et dont les procédés de fabrication sont les moins industriels possibles.
  • Ceux qui ne sont pas contaminés par des produits dopants (voir mon article à ce sujet)
  • Ceux dont l’usage est métaboliquement justifié

 

Références :

1. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/12821281

2. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/10919970

3. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25968844

 

 

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