L’acide urique est un produit final du métabolisme des purines. Longtemps considéré uniquement comme un marqueur de la goutte, il est aujourd’hui reconnu comme un indicateur plus large de déséquilibres métaboliques. Une élévation chronique de l’acide urique peut refléter des perturbations profondes du métabolisme énergétique, de l’inflammation et de la fonction vasculaire.
1. Origine et rôle physiologique de l’acide urique
L’acide urique est produit principalement par le foie lors de la dégradation des purines alimentaires et endogènes. À des concentrations normales, il possède certaines propriétés antioxydantes dans le plasma.
Son élimination repose essentiellement sur les reins, avec une part mineure via l’intestin.
Un déséquilibre entre production et excrétion conduit à une accumulation progressive dans l’organisme.
2. Hyperuricémie et inflammation systémique
Lorsque l’acide urique s’élève de manière chronique :
- il favorise l’activation de l’inflammasome,
- stimule la production de cytokines pro-inflammatoires,
- entretient une inflammation de bas grade persistante.
Cette inflammation n’est pas toujours symptomatique mais contribue à la progression silencieuse de nombreuses pathologies métaboliques.
3. Lien avec la goutte et les tissus périphériques
La précipitation de cristaux d’urate monosodique dans les articulations est la manifestation la plus connue de la surcharge en acide urique.
Cependant, l’impact ne se limite pas aux articulations : ces dépôts peuvent également affecter les reins, les tissus mous et la microcirculation.
4. Acide urique et métabolisme énergétique
Des niveaux élevés d’acide urique sont associés à :
- une diminution de la sensibilité à l’insuline,
- une altération de la fonction mitochondriale,
- une augmentation du stress oxydatif intracellulaire.
Ces mécanismes participent à la dysrégulation énergétique et au développement du syndrome métabolique.
5. Implications cardiovasculaires
L’hyperuricémie est corrélée à :
- une dysfonction endothéliale,
- une rigidité artérielle accrue,
- une augmentation du risque cardiovasculaire.
Ces effets semblent en partie indépendants des facteurs de risque classiques, suggérant un rôle direct de l’acide urique dans la physiopathologie vasculaire.
Conclusion
La surcharge en acide urique ne se limite pas à la goutte. Elle constitue un marqueur pertinent de stress métabolique, d’inflammation chronique et de dysfonction vasculaire. Sa prise en compte permet une compréhension plus globale des déséquilibres métaboliques silencieux impliqués dans de nombreuses maladies chroniques.
Références
- Johnson RJ et al. Uric acid and chronic disease: a modern perspective. Physiol Rev.
- Dalbeth N, Merriman TR, Stamp LK. Gout. Lancet.
- Kanbay M et al. Uric acid in metabolic syndrome. Curr Hypertens Rep.
- Feig DI, Kang DH, Johnson RJ. Uric acid and cardiovascular risk. N Engl J Med.
- Maiuolo J et al. Regulation of uric acid metabolism and excretion. Int J Cardiol.
