Édulcorants artificiels et cancer ?


Les édulcorants artificiels réduisent la teneur en sucres ajoutés et les calories correspondantes tout en conservant le goût sucré. Une étude publiée le 24 mars dans PLOS Medicine par Charlotte Debras et Mathilde Touvier de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et de l’Université Sorbonne Paris Nord (France) et leurs collègues suggère que certains édulcorants artificiels sont associés à un risque accru de cancer.

De nombreux produits alimentaires et boissons contenant des édulcorants artificiels sont consommés quotidiennement par des millions de personnes. Cependant, l’innocuité de ces additifs a fait l’objet de débats. Pour évaluer le caractère potentiellement cancérigène des édulcorants artificiels, les chercheurs ont analysé les données de 102 865 adultes français participant à l’étude NutriNet-Santé. L’étude NutriNet-Santé est une cohorte continue basée sur Internet, lancée en 2009 par l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (EREN). Les participants s’inscrivent volontairement et fournissent des informations sur leurs antécédents médicaux, des données sociodémographiques, leur régime alimentaire, leur mode de vie et leur santé. Les chercheurs ont recueilli des données concernant la consommation d’édulcorants artificiels à partir de registres alimentaires de 24 heures. Après avoir recueilli des informations sur les diagnostics de cancer au cours du suivi, les chercheurs ont effectué des analyses statistiques pour étudier les associations entre la consommation d’édulcorants artificiels et le risque de cancer. Ils ont également tenu compte d’une série de variables, notamment l’âge, le sexe, le niveau d’éducation, l’activité physique, le tabagisme, l’indice de masse corporelle, la taille, la prise de poids pendant le suivi, le diabète, les antécédents familiaux de cancer, ainsi que les apports initiaux en énergie, alcool, sodium, acides gras saturés, fibres, sucre, aliments complets et produits laitiers.

Les chercheurs ont constaté que les personnes inscrites consommant de plus grandes quantités d’édulcorants artificiels, en particulier l’aspartame et l’acésulfame-K, présentaient un risque plus élevé de cancer global par rapport aux non-consommateurs (rapport de risque de 1,13, intervalle de confiance à 95 % de 1,03 à 1,25). Des risques plus élevés ont été observés pour le cancer du sein et les cancers liés à l’obésité.

L’étude présente plusieurs limites importantes : les apports alimentaires sont déclarés par les sujets eux-mêmes. Le biais de sélection peut également avoir été un facteur, car les participants étaient plus susceptibles d’être des femmes, d’avoir un niveau d’éducation plus élevé et d’avoir des comportements soucieux de leur santé. La nature observationnelle de l’étude signifie également que des facteurs de confusion résiduels sont possibles et que la causalité inverse ne peut être exclue. Des recherches supplémentaires seront nécessaires pour confirmer les résultats et clarifier les mécanismes sous-jacents.

Selon les auteurs, “Nos résultats ne soutiennent pas l’utilisation d’édulcorants artificiels en tant qu’alternatives sûres au sucre dans les aliments ou les boissons et fournissent des informations importantes et nouvelles pour répondre aux controverses sur leurs effets négatifs potentiels sur la santé. Bien que ces résultats doivent être reproduits dans d’autres cohortes à grande échelle et que les mécanismes sous-jacents doivent être clarifiés par des études expérimentales, ils fournissent des informations importantes et nouvelles pour la réévaluation en cours des additifs alimentaires édulcorants par l’Autorité européenne de sécurité des aliments et d’autres agences sanitaires dans le monde.”

Debras ajoute : “Les résultats de la cohorte NutriNet-Santé (n=102 865) suggèrent que les édulcorants artificiels présents dans de nombreuses marques d’aliments et de boissons dans le monde peuvent être associés à un risque accru de cancer, en accord avec plusieurs études expérimentales in vivo / in vitro. Ces résultats fournissent des informations inédites pour la réévaluation de ces additifs alimentaires par les agences sanitaires.”

Source :https://journals.plos.org/plosmedicine/article?id=10.1371/journal.pmed.1003950

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