Supplémentation des formules infantiles en acides docosahexaénoïque et arachidonique : effets sur le développement de l’enfant et difficultés associées à leur introduction


La période postnatale est caractérisée par une croissance et un développement rapide. Les lipides, et plus particulièrement les acides gras polyinsaturés à longues chaînes (AGPI-LC), tels que les acides docosahexaénoïque (DHA) et arachidonique (ARA), jouent un rôle essentiel durant cette période. L’objectif principal des formules infantiles est d’être biomimétique de « l’étalon d’or » : le lait maternel, aussi bien en termes de composition que de structure, pour ainsi offrir la meilleure alternative possible à l’allaitement lorsqu’il a échoué et/ou n’est pas possible. Dans ce contexte, la réglementation européenne a évolué et impose désormais la supplémentation des formules en DHA. Elles sont également fortifiées en ARA, autre AGPI indispensable pour le développement de l’enfant, bien qu’aucune obligation ne soit établie quant à sa teneur minimale. Leur important degré d’insaturation rend ces acides gras particulièrement sensibles à l’oxydation lipidique, complexifiant ainsi leur introduction dans les formules infantiles. L’objectif de cette revue est donc de faire un état de l’art sur les différents paramètres clés permettant de mieux maîtriser la supplémentation des formules infantiles en AGPI-LC.

Les besoins nutritionnels durant la période néonatale puis l’enfance sont très importants et spécifiques et servent à supporter le développement et la croissance rapide caractéristique de ces périodes physiologiques particulières. Les lipides notamment jouent un rôle essentiel, car en plus d’être le vecteur principal d’énergie avec 45 à 55 % des calories fournies via leur β-oxydation, ils sont fortement impliqués dans le développement cérébral, visuel, intestinal et immunitaire de l’enfant. Parmi les différentes classes de lipides, certains sont qualifiés d’indispensables (ou d’essentiels) du fait de l’incapacité de l’organisme humain à les synthétiser. C’est notamment le cas des précurseurs métaboliques et chefs de file des familles non interconvertibles que sont les oméga 6 (n-6 ou ω6) et les oméga 3 (n-3 ou ω3). Il s’agit de l’acide linoléique (LA, chaîne carbonée de 18 pourvue de 2 insaturations, C18:2) et de l’acide alpha-linolénique (ALA, chaîne carbonée de 18 pourvue de 3 insaturations, C18:3) [1]. Ces acides gras conduisent, par une voie spécifique de désaturations-élongations successives, à la biosynthèse d’autres acides gras polyinsaturés (AGPI) dits à longues chaînes (LC, chaîne carbonée supérieure ou égale à 20) tels que les acides docosahexaénoïque (DHA, chaîne carbonée de 22 pourvue de 6 insaturations, C22:6 n-3) et arachidonique (ARA, chaîne carbonée de 20 pourvue de 4 insaturations, C20:4 n-6) qui sont indispensables pour le développement cognitif et l’acuité visuelle de l’enfant (Fig. 1). Une déficience en ces acides gras peut avoir d’importantes conséquences à long terme avec une augmentation des risques de développer certaines maladies mentales et/ou métaboliques à l’âge adulte. Il est donc reconnu qu’il existe une importance à la fois quantitative et qualitative de l’apport lipidique durant la période de l’enfance. Bien que le lait maternel reste la référence en termes de nutrition du nourrisson puis du jeune enfant, des formules infantiles sont développées en tant que substituts en cas d’échec ou d’impossibilité de l’allaitement. La composition de ces formules est encadrée par une réglementation européenne précise qui a évolué en février 2020 en rendant obligatoire la supplémentation en DHA des formules de premier âge (destinées aux nourrissons de 0 à 6 mois) et des préparations de suite (destinées aux enfants de 6 à 12 mois). L’ajout d’ARA n’est, quant à lui, pas obligatoire mais fortement recommandé par la communauté scientifique. Du fait de leurs multiples insaturations, les AGPI-LC sont particulièrement sensibles au phénomène d’oxydation lipidique, principal phénomène à l’origine de l’altération des produits alimentaires et qui engendre une diminution de leur qualité nutritionnelle. De plus, les procédés de fabrication puis de stockage des formules sous formes de poudres peuvent être des paramètres propices à la dégradation des lipides. Par conséquent, une bonne résistance à l’oxydation des formules infantiles enrichies en AGPI-LC est un enjeu majeur. Ainsi, cette revue a pour objectifs de mettre en évidence l’importance des lipides pour le développement de l’enfant, de comparer la fraction lipidique du lait maternel mature et des préparations de suite en prenant en compte l’évolution de la réglementation européenne de 2020, et, enfin, d’identifier les points de vigilance pour la supplémentation des formules enrichies en DHA et ARA.

Besoins nutritionnels spécifiques en lipides

Les besoins en lipides alimentaires du nourrisson puis du jeune enfant sont très élevés au cours de la période de développement postnatal. Pour le nourrisson, ils sont plus de quatre fois supérieurs à ceux d’un homme adulte rapportés au poids corporel comme le montre la Fig. 2.

Pour couvrir ces besoins spécifiques, le lait maternel humain apporte en moyenne autour de 35 g de lipides totaux par litre. Ces derniers sont majoritairement sous la forme de triesters d’acides gras (98 % du poids total), 

Types de produits commerciaux et réglementation liée à leur composition

Un apport nutritionnel adapté aux besoins évolutifs de l’enfant est donc fondamental pour garantir à la fois une croissance et un développement en bonne santé. Durant les six premiers mois, un allaitement exclusif est fortement recommandé, suivi jusqu’au deux ans de l’enfant par un allaitement de complément [27]. En effet, le lait maternel d’une femme ayant un régime alimentaire varié et équilibré est considéré comme « l’étalon d’or » en termes de nutrition néonatale. La composition du lait

Supplémentation en AGPI : les différentes sources

La réglementation européenne impose maintenant la supplémentation des préparations infantiles de suite en DHA qui doit être ajouté entre 20 et 50 mg pour 100 kcal. La supplémentation en ARA n’est pas obligatoire ; en revanche une limite maximale est fixée pour ce dernier à hauteur de 1 % de la teneur totale en matières grasses (soit un maximum de 60 mg pour 100 kcal ou 42 mg pour 100 mL de formule) (Tableau 1). Afin d’enrichir les formules infantiles de suite en ces AGPI-LC et ainsi atteindre les

Conclusion

Un des défis majeurs pour la nutrition du nourrisson puis du jeune enfant est de concevoir des formules infantiles de suite stables vis-à-vis de l’oxydation lipidique et biomimétiques du lait maternel aussi bien en termes de composition que de structure. Dans ce contexte, la réglementation européenne a évolué pour encourager l’optimisation des formules de suite avec une attention particulière pour la composition en lipides du fait de leur rôle primordial durant la période de l’enfance. Ainsi,

Source : https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0007996022000670

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