Obésité, addiction et prise alimentaire : étude des potentiels évoqués cognitifs


Les déterminants de la prise alimentaire dans l’obésité restent encore difficilement appréhendés.

L’hypothèse émergente de l’addiction à l’alimentation souligne le rôle de l’impulsivité dans la dérégulation de la prise alimentaire. Les potentiels évoqués cognitifs (ondes cérébrales mesurées en EGG en réponse à une tache spécifique) sont des reflets de ces fonctions. Une diminution de l’onde P300 est observée dans les addictions, quelle que soit la substance en cause. L’onde N2 est quant à elle considérée comme étant plutôt le reflet de l’inhibition et du contrôle cognitifs. Notre objectif était de déterminer si les femmes souffrant d’une obésité associée à une forte désinhibition alimentaire (DA) présentaient des anomalies significatives de ces processus cognitifs par rapport à une population obèse sans désinhibitions alimentaires et à une population saine.
Nous avons inclus des femmes âgées de 18 à 65 ans, non diabétique et sans trouble psychiatrique. 3 groupes ont été comparés : une groupe contrôle (GC) avec un IMC entre 18,5 et 24,5 kg/m2, score de désinhibition < 8 et score de restriction alimentaire < 10 au questionnaire Three-Factor Eating Questionnaire (TFEQ) ; un groupe de patientes obèses sans DA (SDA) avec IMC ≥ 35 kg/m2 et un score de désinhibition < 8 et un groupe de patientes obèses avec DA (ADA) avec IMC ≥ 35 kg/m2 et un score de désinhibition > 8. Chaque patiente à bénéficié d’un enregistrement EEG au cours d’une épreuve de discrimination sonore (stimuli sonores rares aigus versus stimuli fréquents avec des sons graves, auditory oddball paradigm). L’amplitude et la latence des ondes N2 et P300 ont été enregistrées en Fz, Cz et Pz. Le statut métabolique a été évalué par la glycémie, l’insulinémie, la leptine et la ghréline. Les groupes SAD et ADA ont été comparés par un test t et les groupes GC, SDA et ADA à l’aide d’une ANOVA et d’un test post-hoc de Dunnett (GC en référence).
Trente patientes ont été incluses par groupes. Les résultats n’ont pas montré de différences significatives entre les groupes SDA et ADA pour les paramètres métaboliques et les PEC. L’amplitude de l’onde P300 en Pz est plus faible dans les groupes SDA et ADA que dans le GC, respectivement (12,420 SD = 4,64 p = 0,21 et 12,536 SD = 4,44 p = 0,26 versus 15,8 SD = 5,9 pour GC). L’amplitude négative de l’onde N2 en Cz est plus faible dans le groupe SDA que dans GC (−1,967 SD = 5,35 et −5,177 SD = 4,17 ; p = 0,12).
Notre étude montre que les patientes souffrant d’obésité présentent une baisse de l’amplitude de l’onde P300 comme observée dans les addictions, contrairement aux sujets normopondéraux. Cependant, l’absence de désinhibition alimentaire chez certaines patientes souffrant d’obésité pourrait être en lien avec de meilleures stratégies d’inhibition et de contrôle cognitifs comme semblent le montrer les modifications de l’onde N2 dans le groupe SDA. L’utilisation de stratégie d’amélioration de ce contrôle et de la flexibilité mentale (remediation cognitive, neurofeed back) pourrait donc être outils intéressants dans la prise en charge des patients obèse et ceci afin d’améliorer le contrôle de la prise alimentaire.

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