La place de la nutrition dans l’exercice médical


La place de la nutrition dans l’état de santé est maintenant reconnue dans la population. Son rôle dans la prévention et dans la prise en charge de nombreuses pathologies chroniques est établi par la totalité des agences internationales et nationales, et par les sociétés savantes. De ce fait, les attentes des patients sont importantes car ils ont accès à ces informations.

Où se situent donc les difficultés, du côté des patients ou des professionnels de santé, en particulier des médecins ? Dans un nombre important de cas, ceux-ci ont déserté ce domaine laissant le champ libre à d’autres plus ou moins légitimes : kinésithérapeutes, ostéopathes, naturopathes, « nutri-thérapeutes », qui s’improvisent en faisant le métier des autres. Certes il existe des professionnels qui ont toute leur place : médecins nutritionnistes, diététiciens nutritionnistes, mais les premiers sont peu nombreux, et les seconds ont des actes rarement remboursés. Certes la nutrition est une compétence associée à trois spécialités médicales : l’endocrinologie, la gastro-entérologie et la pédiatrie. Mais les premiers ont bien trop à faire avec les diabétiques, les seconds avec les pathologies graves du tube digestif, et les derniers se font rares. C’est pourquoi les patientes s’adressent à leur gynécologue et à leur généraliste. Les femmes semblent donc mieux servies car beaucoup d’entre elles « utilisent » leur gynécologue comme conseil bien au-delà de la sphère gynécologique.

En réalité, toutes les spécialités ont quelque chose à dire et à faire autour de la nutrition. Nul n’y échappe compte tenu de l’extension du champ de la nutrition à un nombre considérable de pathologies : la rhumatologie avec l’ostéoporose et les rhumatismes inflammatoires chroniques ; la dermatologie avec l’acné, le psoriasis, l’eczéma, à tort ou à raison ; la cardiologie bien sûr dans la quasi-totalité de ses pathologies : athérosclérose, hypertension, insuffisance cardiaque ; mais aussi la néphrologie, la médecine interne, la neuropsychiatrie avec la notion de neuro-inflammation et l’émergence du rôle du microbiote ; la gastro-entérologie avec la stéatose hépatique, le syndrome du côlon irritable et l’hypersensibilité non cœliaque au gluten, et bien sûr la maladie cœliaque. La liste est non limitative. Certes, la nutrition ne fait pas tout, mais elle fait beaucoup. Sans compter l’obésité, le syndrome métabolique, le diabète et les dyslipidémies qui à eux-seuls touchent plus de 30 % de la population.

Certes en nutrition, les idées reçues existent, certaines preuves manquent, des concepts nouveaux apparaissent. Mais précisément, c’est bien pour cela qu’une véritable compétence est requise, au-delà des pseudo-informations véhiculées par certains canaux médiatiques.

Comment répondre à ces besoins ? La nutrition est en effet une discipline transversale : elle ne touche pas une spécialité d’organe, elle concerne tous les domaines de la médecine. Elle fait aussi appel à des disciplines non médicales, aux sciences humaines. Elle requiert aussi un savoir-faire sur le plan psychologique tant le comportement alimentaire est décisif. Le médecin, qu’il soit généraliste ou spécialiste, est armé pour cela, il a les compétences pour cela. Il lui manque souvent la connaissance, le goût pour la discipline, le temps et la motivation. Il doit pouvoir répondre avec assurance au-delà de sa propre expérience ; il a aussi le droit de répondre avec assurance qu’il ne sait pas et va se renseigner. Parfois peut-être n’y croit-il pas assez, faisant surtout confiance aux médicaments. Mais les thérapeutiques non médicamenteuses, dont la nutrition, ont une place croissante dans l’arsenal de la prévention et de la prise en charge de nombreuses affections, y compris les plus graves telles les cancers.

Le médecin doit donc se former et donc faire plus que s’informer. Là comme ailleurs, il reconnaîtra ses limites et confiera parfois ses patients à ceux dont c’est le métier exclusif, tels les diététiciens.

Source :https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2666479822001215

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